L’édito d’Eric Morain

L’édito d’Eric Morain

« Si vous appelez votre vin, « vin naturel » cela signifie que le nôtre est chimique et ça, ce n’est pas acceptable ! »
Au-delà de l’exclamation – teintée d’une réelle inquiétude – de cet homme d’affaires qui a plus développé une marque que la qualité de ses vins, il y a une réalité :

ON NOUS MENT.

« Lorsque notre nourriture, nos vêtements, nos toits ne seront plus que le fruit exclusif de la production standardisée, ce sera le tour de notre pensée » disait Steinbeck.

Qui trompe qui ?

Qui trompe qui, lorsque le vin est le seul produit alimentaire humain ou animal sur l’étiquette de laquelle ne figure aucune composition ? Et pour cause, on peut y mettre jusqu’à plus de 100 produits chimiques ou assimilés. Evidemment, ils ne les mettent pas tous en même temps, ça pourrait faire des dégâts. Et vous savez pourquoi sur notre eau minérale et jusqu’aux croquettes de nos chats, il y a leur composition, et pas sur le vin ?
Parce que le vin, juridiquement, n’est pas un produit alimentaire. Il est à part. Ça permet toutes les dérives. Et toutes les compromissions. Alors que la vigne ne représente en France que 3,7 % de la surface agricole, elle utilise 20 % de pesticides. Aujourd’hui on se gausse encore de ces vins différents, de ces vins propres et sans pesticides, demain on les plébiscitera. Et demain c’est (presque) déjà aujourd’hui. Comme hier on célébrait le plastique, alors qu’aujourd’hui on le bannit : et si, pour une fois, on prenait de l’avance ? Il y a des saloperies dans les tampons des femmes, dans les couches de nos enfants et dans le pain qu’on nous vend !
Toute vérité franchit trois étapes : d’abord elle est ridiculisée, ensuite elle subit une forte opposition. Puis elle finit par être considérée comme avoir toujours été une évidence. De préférence par ceux qui en ont été les pires pourfendeurs. Cette double belle ambition de la Terreur et de la girouette, très française au demeurant. Avec cet ouvrage, Evelyne Malnic met de nouveau les pieds dans le verre. On va vous montrer, mieux, on va vous prouver, que ce que vous buvez est non seulement bon pour votre palais mais meilleur pour votre santé. Nulle adoration du dieu alcool dans ses propos mais une simple célébration du plaisir et de la santé. Une pierre à l’édifice qui se bâtit patiemment mais difficilement tant les vents contraires sont forts et mieux organisés. Lorsque l’Union européenne imposera enfin l’étiquetage des vins, on cessera de mentir au consommateur. Et qu’on ne nous dise pas que celui-ci ne lit pas les étiquettes : depuis les affaires de vache folle, depuis le développement des allergies, le consommateur sait lire. Il saura ainsi ce qu’il boit. Et comme il choisira le moins trafiqué, le moins ajouté, le moins abîmé, le moins soufré, alors il faudra bien que tous s’y mettent.

« C’est fou ce qu’un bout d’étiquette pourrait faire comme révolution… »

Eric Morain
Avocat. Il est également l’auteur de « Plaidoyer pour le vin naturel » Editions Nouriturfu, 2019

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